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Résilience au travail : comment retrouver un équilibre mental sans tomber dans l’endurance toxique

Julie Banville, CRHA
Résilience au travail : comment retrouver un équilibre mental sans tomber dans l’endurance toxique

Vous faites de votre mieux : vous encaissez les urgences, les changements de priorité, les malentendus, les tensions silencieuses… Et malgré ça, votre charge mentale augmente, vous récupérez moins vite, votre patience diminue.   

Beaucoup pensent alors manquer de « force » ou de « motivation », alors qu’ils ou elles manquent surtout de résilience professionnelle, cette capacité à absorber un stress, puis à revenir à un état d’équilibre.   

Or, ce n’est pas une qualité innée, mais une habileté qui s’apprend et se renforce. 

Résilience au travail : ce que c'est vraiment et pourquoi elle manque

La résilience n'est pas une injonction à « tenir bon » ou encaisser plus. C'est le processus qui vous permet de traverser une difficulté sans y laisser votre énergie mentale.
Selon le modèle Lazarus et Folkman1, notre stress provient surtout de l'écart entre ce que nous pensons pouvoir gérer et ce que la situation exige. En gros, quand nous surestimons nos capacités. Et quand cet écart se répète, notre résilience baisse.

Les signes typiques d'un manque de résilience :

  • ruminations le soir,
  • hypervigilance aux imprévus,
  • irritabilité relationnelle,
  • sentiment d'impuissance,
  • fatigue sans explication claire.
À lire sur le même sujet :
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Ce qui fait chuter votre résilience ce n'est pas une « grosse crise », mais la répétition des micro-contrariétés quotidiennes : un courriel ambigu, une réunion qui dérape, un changement de priorité imprévu. Sans méthode, ces irritants se transforment en stress chronique.

Résilience vs endurance : l'erreur qui épuise les employé·es

Résilience vs Endurance

Dans de nombreuses organisations, on confond encore résilience et endurance. Clarifions :

  • Endurance = résister, tenir, absorber.
  • Résilience = s'ajuster, récupérer, repartir.

Cette confusion entraîne trois erreurs fréquentes :

  1. Surcharger pour prouver sa valeur : plus on encaisse, plus on se sent « professionnel ».
  2. Gérer seul : demander de l'aide serait reconnaître une forme d'incompétence.
  3. Éviter le conflit : on accepte tout pour préserver la paix… et on s'épuise en silence.

Si l'endurance peut paraître admirable, elle réduit en fait la capacité de récupération, alors que la résilience la renforce. En situation difficile il faut prendre le temps de faire un pas de recul, pour se réguler, prendre de la hauteur, relativiser et ensuite on peut passer en mode résilience avec un plan de match. 

 

Le lâcher‑prise : une sous‑habileté clé pour réduire la charge mentale

Lâcher prise

Le lâcher‑prise n'est pas un abandon, c'est la capacité cognitive de décider où mettre son énergie mentale pour diminuer la charge et reprendre du contrôle. Il repose sur un principe simple : distinguer ce qui dépend de soi de ce qui n'en dépend pas !

Exemples concrets au travail :

- Vous ne contrôlez pas une décision de gestion, mais vous contrôlez la manière de vous y préparer.
- Vous ne contrôlez pas les réactions des autres, mais vous contrôlez votre façon de formuler vos limites.
- Vous ne contrôlez pas les urgences, mais vous contrôlez votre manière de prioriser.

Travailler ses habiletés en gestion du temps (dont la nature même est de planifier, organiser et prioriser) n'est pas à négliger.
Le lâcher‑prise rend la résilience possible. Sans lui, l'esprit reste accroché aux irritants et la récupération devient impossible.

Pourquoi vos stratégies actuelles ne suffisent pas à renforcer durablement votre résilience au travail

Résilience

Lors de mes observations je note que la plupart des employé·es tentent spontanément de s'organiser davantage, de prendre sur eux, d'attendre que la situation passe, de se changer les idées le soir ou encore de travailler plus vite pour réduire la pression.

Je les comprends, ces stratégies donnent l'illusion d'aider. En réalité elles consomment encore plus de ressources. Elles réduisent la marge de manœuvre mentale au lieu de l'augmenter.
Ce qui manque réellement, c'est un cadre structuré pour comprendre ses déclencheurs, réguler ses réactions physiologiques et restructurer ses habitudes cognitives.

Comment développer sa résilience au travail : un plan en 3 étapes

1. Clarifier ses zones d'influence

Chaque situation stressante doit être triée :

  • Ce qui dépend de moi (actions, comportements, demandes, limites).
  • Ce qui ne dépend pas de moi (réactions, décisions, contraintes externes).

Indice que vous êtes dans la bonne direction : vous devez pouvoir dire en une phrase ce qui est réellement actionnable. Par exemple, quand votre gestionnaire change (encore une fois) l'échéance d'un dossier important, cela donnerait : « je peux clarifier ce qui est prioritaire et ce qui peut être décalé » (vs « je ne peux pas contrôler le fait qu'il change les échéances », qui n'est pas actionnable).

2. Stabiliser son système nerveux dans les moments de tension

La résilience n'est pas seulement mentale : elle est aussi physiologique. Votre capacité à vous réguler dépend du système nerveux autonome.

Quelques trucs pour y contribuer :

  • Pratiquer la respiration cohérente 2 minutes2,
  • Procéder à un changement de posture,
  • Faire une pause de 90 secondes toutes les heures,
  • Détendre le diaphragme3.

Vous devriez observer une diminution de votre tension corporelle en moins d'une minute.

3. Réparer après chaque micro-contrariété

Intervenez dans les 2–5 minutes pour remettre votre système nerveux dans sa zone de tolérance, et éviter l'augmentation du pouls, la crispation ou les pensées en boucle.

Quelques gestes à poser pour y parvenir :

  • en vous concentrant sur votre respiration et pour retrouver un rythme plus calme. Observez votre abdomen qui se gonfle et se dégonfle, etc.

  • en portant votre attention sur une partie de votre corps, par exemple les pieds au sol, les muscles du visage qui se détendent... 

  • en répétant mentalement « j'inspire » et « j'expire » tout en maintenant votre attention sur ces mots, ce qui permet de ralentir le hamster dans sa roue. 

Ce qui devrait vous permettre de retrouver de la clarté mentale pour décider de la prochaine action utile (clarifier, laisser passer, demander).
Vous pouvez plus largement ritualiser votre fin de journée en notant ce qui a été accompli, ce qui est encore en suspens (pour éviter les ruminations tardives) et ajuster vos priorités. Cela vous permettra de commencer chaque journée avec une charge mentale stabilisée.

Les signes que votre résilience s'améliore

Je vais être honnête : vous ne verrez pas un changement spectaculaire.
Mais… vous noterez des ajustements différents :

  • vous récupérez plus vite après un imprévu,
  • les ruminations diminuent,
  • votre concentration revient plus facilement,
  • les tensions physiques se relâchent spontanément,
  • vous mettez des limites sans culpabilité,
  • les relations deviennent plus stables,
  • vous dramatisez moins rapidement.

Ce sont les marqueurs réels d'une résilience qui se renforce.

Renforcer durablement sa résilience : l'importance d'un cadre d'apprentissage structuré

On ne développe pas la résilience en lisant des conseils.
On la développe en pratiquant dans un cadre sécurisant, qui permet d'identifier ses déclencheurs personnels, d'installer des réflexes durables, de profiter d'outils applicables en temps réel… et de se construire un environnement de travail plus sain, sans attendre que l'organisation change.

La résilience au travail n'est pas un talent, c'est un entraînement c’est un entraînement qui commence par des situations simples et accessibles.... .

Pour aller plus loin : ➡️Santé mentale : naviguer dans la complexité avec résilience et lâcher-prise

 

[1] Lazarus, R.S. & Folkman, S. (1984). « Stress, Appraisal, and Coping. »

[2] Pour pratiquer la respiration cohérente : pendant 2 minutes, respirez à un rythme régulier (ex. inspiration 5 sec/expiration 5 sec) -> créer une synchronisation cardiaque, diminuer le taux de cortisol et retrouver un calme mental. L'important est plus le rythme que la profondeur de la respiration.

[3] Pour détendre son diaphragme facilement et relâcher une tension physique qui limite la respiration et entretient le stress : inspiration courte, expiration longue avec relâchement progressif du ventre, légère pression sous les côtes -> soulagement corporel, respiration plus ample, le cerveau sort du mode « alerte ».

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