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Suis-je en burn-out?

Julie Banville, CRHA
Suis-je en burn-out?

Le mot « burn-out » est partout. On le voit dans les médias, on l’entend au bureau, on le murmure parfois entre collègues. Mais lorsqu’on se pose la question personnellement « suis-je en burn-out? », la réponse est souvent plus difficile à trouver et la consultation médicale reste de mise.

L’épuisement professionnel ne ressemble pas toujours à ce que l’on imagine. Il ne commence pas du jour au lendemain, ne se manifeste pas seulement par des crises de larmes ou un effondrement soudain. Bien souvent, il s’installe lentement, parfois insidieusement, prenant racine dans une fatigue prolongée, un sentiment de perte de contrôle, de motivation ou de sens.

Fatigue ou burn-out? Comprendre la nuance

La fatigue est un état naturel et ponctuel qui suit une période intense. Elle se résorbe avec du repos, un sommeil réparateur, un long week-end ou quelques jours de congé . Le burn-out, lui, est un état d’épuisement plus profond, à la fois physique, émotionnel et mental. Le repos a lui seul ne suffit pas. 

Pour distinguer surmenage de fatigue normale : 
1 – Vous êtes fatigué -> repos -> retour à la normale.
Si oui – tout va bien
Sinon – point 2
2 – Malgré le repos votre fatigue est tenace -> avez-vous des enjeux de sommeil ? 
Si oui -> à adresser : évaluez quel type de repos vous avez besoin pour vous ressourcer 
Sinon -> point 3
3- Repos, ajustement de la routine de sommeil et des habitudes de vie n'ont rien changé? La motivation n'est plus au rendez-vous, vous remettez à plus tard, toute tâche vous apparait comme une montagne, il devient difficile de trouver le sens à ce que vous faites... l'épuisement professionnel vous guette.

Selon l’INSPQ, « plus d’une personne en emploi sur quatre (28 %) » présente un niveau élevé de détresse psychologique. 

Les signes que vous êtes peut-être en burn-out

êtes-vous en burn out ?

Le burn-out se manifeste par l’accumulation de signaux physiques, cognitifs, émotionnels et comportementaux.

Déjà en 2015, L’INSPQ estimait qu’environ 650 000 personnes en emploi présentaient un niveau élevé de détresse psychologique liée au travail, dont environ 348 600 femmes et 325 400 hommes. 

Physiquement, on observe souvent :
-    une fatigue persistante dès le réveil, 
-    des troubles du sommeil, 
-    des tensions musculaires, 
-    des maux de tête réguliers, 

-    palpitations cardiaques,
-    un système immunitaire affaibli. 

Sur le plan mental
-    la concentration devient difficile, 
-    les idées sont moins claires, se bousculent, sont envahissantes, 
-    les oublis plus fréquents. 

On peut perdre l’intérêt pour son travail, même pour les tâches que l’on appréciait auparavant. Certaines personnes deviennent irritables, impatientes ou plus sensibles émotionnellement.

Au niveau du comportement, on remarque une tendance au retrait : 
-    on évite les réunions, 
-    on limite les interactions, 
-    on repousse les tâches importantes (voire on procrastine et on fait du présentéisme1 ). 

On agit par automatisme, sans réelle énergie ni conviction. L’envie de bien faire laisse place à un sentiment de détachement, voire d’indifférence.

Si ces signes se multiplient et persistent malgré des efforts de récupération, ce sont des indices concrets qu’un soutien est nécessaire.

Pourquoi ça vous arrive, et pourquoi ce n’est pas votre faute

Le burn-out n’est pas qu’une question de charge de travail excessive. Il résulte souvent d’un déséquilibre entre, d’un côté, les exigences du travail, et, de l’autre, les ressources disponibles pour y faire face. Parmi les causes les plus fréquentes, on retrouve la surcharge de travail prolongée, les délais irréalistes ou les rôles mal définis. Le manque d’autonomie ou de contrôle sur ses tâches joue également un rôle important, tout comme l’absence de reconnaissance, de feedback ou de soutien.

D’autres formes de déséquilibre sont plus subtiles. Travailler sans comprendre la finalité de ses tâches, perdre le sens de son rôle ou percevoir que l’on agit à l’encontre de ses valeurs peut mener à un profond désengagement. Finalement, la culture organisationnelle elle-même peut être un facteur aggravant : absence de soutien, pression constante, compétition interne, normalisation du surmenage ou de la disponibilité 24/7.

Surmenage : les responsabilités de l’employeur… et les vôtres

Surmenage - quoi faire

L’employeur a l’obligation légale d’offrir un environnement de travail sain, sécuritaire et respectueux, incluant la protection de la santé mentale (Loi 27). Cela signifie évaluer les risques psychosociaux et mettre en place des mesures de prévention. Il doit également favoriser un climat où il est possible de parler des difficultés sans crainte de jugement ou de représailles, tout en offrant des ressources adéquates : aménagement d’horaire, ajustement de la charge de travail, programmes d’aide, soutien RH ou services professionnels. Mais la gestion du burn-out ne repose pas uniquement sur l’organisation.

Vous avez aussi un rôle à jouer. Vous n'êtes pas responsable de l'épuisement causé par des conditions de travail malsaines. Mais vous avez le droit de nommer, de négocier une solution avec votre organisation, et le pouvoir de reconnaître les signaux, de nommer ce qui ne va pas et de demander à ce que ça change. Ce n'est pas de la faiblesse, c'est de l'auto-préservation. Il faut oser en parler, tôt, et solliciter l’aide appropriée, qu’elle soit dans le milieu de travail, médicale, psychologique ou professionnelle.

C’est aussi un travail de clarification : définir ce qui vous épuise réellement, ce qui pourrait être changé, ce qui vous pèse et ce qui vous prive de motivation. Il ne s’agit pas de tout changer du jour au lendemain, mais de faire les premiers pas vers un meilleur équilibre.
D’ailleurs un premier travail d’auto-soin peut vous aider à identifier vos déclencheurs et vos symptômes de déséquilibre, en évaluer l’intensité et, idéalement, développer une boîte à outils pour y répondre.

Et oui, parfois la meilleure solution pour conserver sa santé est de trouver un milieu de travail qui nous ressemble plus!

Quand et comment en parler à son gestionnaire?

Aborder la question avec son gestionnaire peut sembler difficile, mais c’est souvent une étape nécessaire et précieuse. Il est recommandé de le faire dès que les premiers signes persistent, particulièrement quand votre productivité, votre santé ou votre engagement commencent à en souffrir. L’important est de préparer la discussion.

Plutôt que de parler d’un malaise général, exprimez clairement ce que vous vivez : une fatigue constante, une difficulté de concentration, un surmenage ou une surcharge de responsabilités. Expliquez de manière factuelle l’impact sur votre travail et proposez des pistes d’amélioration concrètes : réorganisation des tâches, ralentissement temporaire, soutien additionnel, ajustement d’horaires ou de priorités.

Il n’est pas nécessaire de partager des éléments personnels ou médicaux. L'objectif est de documenter votre demande et d'explorer des solutions. Si votre gestionnaire est ouvert, c'est une opportunité de collaboration. S'il minimise, refuse ou réagit négativement, vous avez d'autres recours.

Si votre fatigue chronique découle de conditions de travail nocives (surcharge chronique, harcèlement, climat toxique, absence de soutien), vous pouvez commencer par accéder aux ressources de votre entreprise (votre gestionnaires, les RH, le PAE…). Sinon il vous est possible de déposer une réclamation à la CNESST. Si votre dossier est accepté cela signifie le maintien d’une partie du salaire, la prise en charge des soins de santé ou une protection contre le licenciement. Mais la CNESST peut le refuser si elle juge que le lien avec le travail n'est pas suffisamment établi. C'est pourquoi la documentation médicale est essentielle.

En conclusion

Le burn-out n’est pas un effondrement soudain, mais souvent une accumulation de signaux ignorés. Apprendre à les reconnaître, comprendre leurs causes et savoir comment agir, tant soi-même qu’avec son organisation, est essentiel. Et surtout, n'oubliez pas : passer à travers une période plus difficile n'est pas un échec individuel, c’est un appel à rééquilibrer les choses avant qu’il ne soit trop tard.

Pour aller plus loin : ➡️ Santé mentale : gérer sa charge mentale pour éviter le surmenage

 

[1] Par présentéisme on entend être là physiquement mais indisponible mentalement

 

Photo de Stormseeker sur Unsplash

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