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5 clés pour mieux gérer vos rythmes circadiens

Roxane Vézina
5 clés pour mieux gérer vos rythmes circadiens

Nous possédons tou·tes une horloge biologique interne qui régule nos pics de concentration, d’humeur et de performance. Pourtant, en entreprise, ces rythmes naturels sont souvent négligés.

Mais il est possible, en s’appuyant sur les apports des neurosciences, que gestionnaires et organisations puissent mettre à profit ces contraintes biologiques pour en faire des outils de performance durable et de bien-être collectif. 

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Un métronome intérieur qui rythme notre performance 

Imaginons que chacun·e de nous porte une montre interne invisible, réglée sur son rythme biologique. Comme une cheffe d’orchestre, elle dicte la mesure de nos moments d’intense productivité ou de ralentissement. Ignorer ce tempo, c’est comme jouer sans harmonie : la fatigue s’installe, la cohésion faiblit et le rendement diminue. 

Le changement d’heure d’automne (un mini jet lag sans quitter le pays) peut nous rappeler à quel point notre humeur et notre efficacité sont gouvernées par cette horloge biologique finement réglée et sensible.  

Ce que nous révèle la neuroscience sur notre horloge biologique 

Au coeur de notre cerveau, une petite zone appelée noyau suprachiasmatique (NSC), agit comme un chef d’orchestre : il coordonne nos cycles biologiques et régule, entre autres, la production de mélatonine, qui favorise l’endormissement et influence la production de cortisol, qui aide au réveil. 

La lumière naturelle, surtout le matin, indique à notre cerveau qu’il fait jour. Commencer la journée dans la lumière naturelle aide notre horloge interne à aligner sommeil et éveil avec le cycle jour-nuit. 

Mais ce cycle ne se limite pas aux hormones. Le cortex préfrontal, siège des fonctions exécutives (comme la prise de décision, la mémoire de travail et la régulation des émotions) suit lui aussi ce tempo. Les messagers du cerveau comme la dopamine et la noradrénaline, essentiels à la concentration et à la motivation, fluctuent selon les phases de ce cycle biologique. 

Nous ne sommes pas tou·tes programmé·es de la même façon 

Chacun·e possède un chronotype, c’est-à-dire une horloge personnelle qui définit si nous sommes plutôt du matin, du soir ou entre les deux. Ce chronotype détermine nos pics d’énergie, d’attention, de mémoire et de créativité. Aligner les tâches sur nos pics biologiques, c’est multiplier la productivité, le bien-être et l’engagement collectif. 

Des recherches récentes montrent qu’imposer un horaire matinal à quelqu’un qui est plutôt du soir, augmente le risque d’erreurs, de baisse de performance et de stress.  Plusieurs études (Sandhu et al., Sleep Medicine, 2024 ; Harrison, Lancet Neurology, 2023) rapportent une hausse transitoire des accidents cardiovasculaires, de la somnolence et des erreurs professionnelles dans les jours suivant cette imposition d’horaire. 

Le changement d’heure d’automne : un mini décalage horaire biologique 

Reculer d’une heure en automne ne nous offre pas seulement une heure de sommeil supplémentaire : c’est un mini décalage horaire qui perturbe notre horloge interne. 
Pendant quelques jours, le cerveau doit se resynchroniser : le sommeil devient plus fragmenté, la vigilance diminue, et la concentration fluctue. Idem avec le changement d’heure en été ! 

Conseil pour les gestionnaires : offrir de la flexibilité, favoriser l’exposition matinale à la lumière naturelle et alléger les réunions des lendemains de transition peut suffire à rétablir l’équilibre circadien. 

5 leviers concrets pour mieux gérer nos rythmes circadiens 

1️. Connaître son chronotype 

Utiliser des outils simples comme le Morningness-Eveningness Questionnaire ou le Munich Chronotype Questionnaire permet, à l’échelle collective, de mieux répartir les rythmes au sein d’une équipe. Ces données (collectées de manière volontaire) offrent une base pour ajuster la planification des missions de chacun·e. 

2️. Adapter les horaires et la répartition des tâches 

Privilégier la flexibilité : planifier les tâches exigeantes aux heures de pic cognitif (9h-11h pour les matinaux, 14h-16h pour les tardifs). Les équipes d’athlètes ajustent leurs entraînements, pourquoi pas les organisations? 

3️. Mieux gérer les transitions d’horaires 

Éviter les réunions critiques juste après un changement d’heure ou durant les creux circadiens (souvent 13h-15h). Favoriser un éclairage dynamique et des pauses régulières pour maintenir la vigilance. 

4️. Optimiser l’exposition à la lumière 

Maximiser la lumière naturelle en matinée et réduire l’exposition à la lumière bleue artificielle en soirée (téléphones, écrans, néons). Certaines entreprises innovent déjà en intégrant aux postes de travail ou aux espaces communs des systèmes de luminothérapie. 

5️. Valoriser la diversité des rythmes 

Reconnaître que ne pas être « à 100 % à 8 h » n’est pas un manque d’engagement mais une réalité biologique. Respecter ces différences favorise la santé mentale, la motivation et la performance collective. 

Neurosciences et leadership : orchestrer plutôt que contraindre 

À lire sur le même sujet :
Les neurosciences au bureau

Une organisation performante ressemble à un orchestre où chaque musicien·ne joue sa partition. Un gestionnaire éclairé ne cherche pas à uniformiser, mais à animer : reconnaître les moments-clés, marier les talents et créer l’harmonie propice au succès collectif. 

Tenir compte des rythmes biologiques n’est pas une lubie scientifique : c’est une approche à la croisée de la science, du leadership et du capital humain. 

Pour conclure

De la science à la pratique, reconnaître l’existence de ces rythmes, optimiser l’environnement lumineux et adapter les horaires ouvre la voie à une performance durable. 

Investir dans l’intelligence biologique, c’est investir dans le véritable capital humain, au bénéfice du bien-être individuel et de la productivité collective. 

Par Roxane Vézina, ing., ASC, Présidente Évolutrek inc. 

Pour aller plus loin :

➡️Efficacité professionnelle : accroitre sa performance grâce aux neurosciences

 

Références 

Dijk, D.-J., & Lockley, S. W. (2002). Integration of human sleep-wake regulation and circadian rhythmicity. Journal of Applied Physiology, 92(2), 852–862.

Schmidt, C., Peigneux, P., & Cajochen, C. (2007). Age-related changes in sleep and circadian rhythms: Impact on cognitive performance and safety. Sleep Medicine, 8(6), 558–566. 

Harrison, Y. (2023). Circadian misalignment and cognitive performance. Lancet Neurology, 22(7), 612–623. 

Sandhu, R. et al. (2024). Impact of daylight saving time transitions on health and performance. Sleep Medicine Reviews, 73, 101890. 

Carrier, J. (2025). Chronotypes : quand la biologie dicte l’agenda. Université de Montréal - Institut Douglas. 

Scott, A. G. (2023). The Hidden Power of Chronotypes at Work. Harvard Business Review. 

Inserm (2024). Chronobiologie : l’influence des rythmes sur le cerveau et la santé.

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