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Comment organiser son PMO pour que ce ne soit pas une usine à gaz ?

Claude Palmarini
Comment organiser son PMO pour que ce ne soit pas une usine à gaz ?

Vous dirigez plusieurs équipes, chacune responsable d'un ou plusieurs projets. Tout semble sous contrôle :  le gestionnaire de projet est compétent, le calendrier est (relativement) respecté, et les livrables… sont livrés.

Pourtant, quand vous prenez du recul, la vue d'ensemble vous échappe :  deux équipes travaillent sur des priorités qui se chevauchent sans le savoir, une ressource clé est sollicitée par trois initiatives « urgentes » en même temps, et c'est vous qu'on appelle pour trancher. Faute de données fiables, vous décidez à l'instinct.

Sans un mécanisme de coordination transversal, chaque chef d'équipe optimise son propre périmètre (avec raison), au détriment de la cohérence globale. Avec pour corollaire des ressources dispersées, des décisions prises à la machine à café, et l’impossibilité d’affirmer que vos projets servent effectivement la stratégie de l'organisation.

Quand certaines solutions aggravent le problème qu’elles devaient résoudre

Quand les solutions aggravent le problème - la gestion de projet devient un casse-tête

Face à ce chaos on a tendance à ajouter plus de comités, de gabarits, de rapports d'avancement. C'est ainsi que naissent les PMO « usine à gaz ».

Illustrons avec un cas « imaginaire » : une DSI suivant 80 projets actifs a implanté un PMO fortement normatif, avec reporting détaillé exigé à chaque étape. Constat sur douze mois : le temps consacré au reporting (reddition de compte) a nettement augmenté, sans amélioration mesurable des délais de livraison¹. Ce PMO a été calibré comme un organe de contrôle avant même que la maturité de gestion de projet de l'organisation ne le justifie. Alors que commencer par démarrer en mode support sur un périmètre restreint, mesurer l'impact réel sur l'alignement stratégique avant d'ajouter des mécanismes de contrôle, etc., aurait probablement livré la même visibilité sans doubler la charge administrative des gestionnaires de projet. 

► Le risque est d'installer la mauvaise structure, dans le mauvais ordre, avant d'avoir sécurisé l'appui nécessaire pour la faire vivre.

La résistance interne, un angle mort ?

PMO et résistance interne - groupe de personnes autour d'une table qui discutent des projets en cours

Monter un PMO, c'est un déplacement de pouvoir. Les gestionnaires de projet les plus expérimentés y verront potentiellement une perte d'autonomie, et la direction y verra un centre de coût de plus à justifier.

La plupart du temps, un PMO échoue faute de sponsor exécutif assez engagé pour trancher les conflits de priorité et protéger le mandat du bureau quand les premières résistances apparaissent. Les recherches du PMI convergent : l'implication soutenue de la direction est l'un des prédicteurs les plus fiables de réussite d'un projet de cette nature². 

► Si vous envisagez de porter ce projet, la première question à vous poser est « qui, au-dessus de moi, est prêt à défendre ce mandat quand un directeur viendra me demander pourquoi son projet est retardé pour des raisons de priorisation portefeuille? »

Et s’il suffisait d’un PMO dimensionné à votre réalité ?

Un PMO cohérent et pilotable repose sur quelques décisions structurantes à prendre dans l'ordre, et à ajuster à votre contexte, pas à copier d'un livre blanc.

1. Choisir le bon positionnement.

Un PMO de support outille et coache vos gestionnaires de projet. Parfait quand votre organisation est en changement rapide et a besoin de fluidité. Un PMO de contrôle impose des standards stricts et un suivi serré. OK dans un environnement déjà normé (attention c’est coûteux en ressources et en acceptabilité politique). Un PMO directif va plus loin : il fournit et pilote directement les gestionnaires de projet. Il procure une forte cohérence, mais suppose un niveau d'autorité élevé, rarement approprié en début de parcours. Ces trois types se distinguent d'abord par le degré d'autorité délégué, pas par la maturité.

2. Clarifier votre rattachement.

Votre position dans l'organigramme détermine votre poids réel dans les décisions. Rattaché à une fonction technique, vous restez proche des équipes mais risquez d'être perçu comme un acteur parmi d'autres. Rattaché à la direction générale ou à une fonction transformation, vous gagnez la légitimité pour exercer une autorité décisionnelle encadrée entre projets concurrents, si le mandat vous est explicitement délégué.

3. Dimensionner un périmètre pilote, pas un big bang.

Certaines organisations visent environ un poste PMO pour quinze à vingt gestionnaires de projet actifs³, mais ce chiffre est un point de départ à ajuster, pas une obligation : la maturité de vos équipes, la complexité de vos projets et votre culture de gestion font varier ce ratio dans les deux sens. Ce qui compte, c'est la discipline de démarrer petit : un seul secteur, une seule catégorie de projets stratégiques, avant toute généralisation.

4. Choisir un nombre restreint de mécanismes, bien exécutés.

  • Une charte qui documente votre mandat réel et vos limites d'autorité. 
  • Une instance de décision pour trancher les priorités. 
  • Une matrice de responsabilités qui clarifie qui décide, qui exécute, qui est consulté. 
  • Et un nombre restreint d'indicateurs qui mesurent l'alignement stratégique de vos projets et les bénéfices obtenus par rapport à leur référentiel (pas juste le calendrier).

► C'est cette dernière nuance qui distingue un PMO utile d'un PMO usine à gaz.

Ce qui reste à trancher et qui ne s'improvise pas seul

Vous savez maintenant quelles décisions structurantes rendent les PMO viables. Ce que ce texte ne peut pas faire à votre place, c'est vous aider à poser ces décisions structurantes pour votre organisation : quel niveau d'autorité demander à votre direction compte tenu de votre culture interne, comment construire un plan de déploiement qui anticipe la résistance de vos gestionnaires de projet les plus influents, et quels indicateurs choisir pour que votre comité de direction voie rapidement la valeur du bureau plutôt que sa lourdeur.

C'est ce que développe notre formation Gestion de projet : implanter un bureau de projet pour assurer cohérence et performance, destinée aux postes de supervision, de coordination de projets et de chefs d'équipe qui doivent porter ce dossier devant leur direction. Vous en repartez avec un plan d'implantation propre à votre organisation, et les arguments pour sécuriser l'appui exécutif dont dépend la survie de votre PMO.

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¹ PMI, Pulse of the Profession 2023 – Power Skills, Redefining Project Success. 
² Standish Group, Chaos Report 2018. 
³ PMI, Pulse of the Profession 2018 – Success in Disruptive Times.

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