
Près de la moitié (48 %) des employé·es en Amérique du Nord déclarent avoir une qualité de vie diminuée (entre difficulté et détresse) selon le rapport State of the Global Workplace 2025 de Gallup. En parallèle, l'Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) révèle que 48 % des Canadien·nes estiment ne pas avoir le temps ou les ressources pour soutenir quelqu'un en difficulté, compte tenu de tout ce qui se passe dans leur propre vie.
L'équation est brutale, mais limpide : la moitié des gens vont mal et l'autre moitié sent qu'elle n'a pas la capacité de tendre la main. Dans ce contexte, faut-il vraiment s'étonner que 50 % des travailleur·euses québécois·es aient dissimulé leur état de santé mentale au travail au cours de la dernière année (sondage Léger, 2026) ?
C'est avec cette réalité en toile de fond que nous avons ouvert notre événement Santé mentale : une responsabilité partagée, tenu à l'occasion de la Semaine de la santé mentale. Et la question qui s'impose n'est plus « pourquoi les gens se taisent-ils ? », mais bien : comment créer les conditions pour qu'ils n'aient plus à le faire ? La réponse commence par un geste d'une grande simplicité : ouvrir la conversation.
Le·la gestionnaire : premier·e répondant·e... mais qui lui répond ?
La matinée a débuté par un panel réunissant Véronique Charest (PCI automatisation), Dominique Randez (Cirque du Soleil), Maria Tagliente (Mouvement Desjardins) et Farnel Fleurant, fondatrice de Workind.
Un constat a rapidement émergé : les gestionnaires portent un poids immense. On leur demande d'être empathiques, disponibles, performants, tout en absorbant les pressions venant d'en haut et les besoins venant d'en bas. Ce rôle de « sandwich manager » a un coût réel, que la conférence animée par Steve Melançon et Julie Banville, CRHA, de Technologia, a mis en chiffres1 :
- 71 % des gestionnaires ont connu une augmentation significative de leur stress ;
- 54 % craignent l'épuisement professionnel ;
- 40 % ont envisagé de quitter leur poste pour préserver leur bien-être ;
- 41 % pensent que parler de leurs difficultés pourrait nuire à leur carrière.
Et pourtant, selon Gallup (2025), 70 % de l'engagement d'une équipe dépend de la qualité du lien avec son gestionnaire. Ce chiffre est révélateur : protéger le·la gestionnaire, c'est protéger toute l'équipe.

Passer du mode réactif au mode préventif
La vraie rupture à opérer dans nos organisations, c'est celle-là : arrêter de gérer l'épuisement une fois qu'il survient, et commencer à créer les conditions pour qu'il n'arrive pas.
C'est tout l'esprit de l'atelier World Café qui a suivi la conférence. Réunis autour des six facteurs de risques psychosociaux reconnus par l'INSPQ et auxquels nous avons ajouté une table pour discuter des programmes employés, des participant·es issus d'horizons variés ont mis en commun leur expérience dans un exercice d'intelligence collective. Le résultat? Des idées concrètes, ancrées dans la réalité du terrain, co-construites par des gens qui vivent ces défis au quotidien.
Et c'est précisément ce qui rend ce type de co-idéation si transformateur : on ne repart pas les mains vides mais, avec des pistes d'action qui ont été pensées par des pairs, pour des pairs.
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La santé mentale : l'affaire de tous, pas seulement des RH
Une conviction portée par tous les panélistes : la santé mentale ne peut plus être reléguée à un département. C'est une responsabilité partagée : entre l'organisation, le gestionnaire et l'employé·e.
Et cette responsabilité commence par un geste individuel courageux. Comme le résume la professeure France St-Hilaire de l'Université de Sherbrooke : « Il faut être capable de dire que ça ne va pas pour obtenir du soutien. » Pour soi-même, certes — mais aussi pour un·e collègue en difficulté. Parce que quand on traverse une période de grande vulnérabilité, on a souvent tendance à s'isoler plutôt qu'à chercher du soutien. C'est là que le collectif prend tout son sens.
Ce mode solution ne peut pas être individuel. Il se construit ensemble, en impliquant les gens dans la démarche dès le départ — pas en leur imposant des initiatives venues d'en haut. Quand les employé·es participent à identifier les problèmes et les solutions, quelque chose change : la santé mentale cesse d'être un sujet tabou ou un programme RH de plus, appliqué mécaniquement parce qu'il est dans l'air du temps. Elle devient une responsabilité naturelle, portée par tou·tes, au quotidien.
Créer une culture où la vulnérabilité est perçue comme une force (et non comme un frein à la carrière) est peut-être le plus grand défi des organisations aujourd'hui. C'est aussi leur plus grand levier.
Par où commencer dans votre organisation?

Amorcer ce virage, c'est s'engager dans une véritable transformation organisationnelle. Mais comme tout grand changement, il se fait une bouchée à la fois et la première, c'est d'ouvrir la conversation.
Créer un espace où les gens peuvent se déposer (parler de santé mentale, de stress, de limites, entre collègues, dans le cadre du travail) : c'est là que tout commence. Une conférence, un atelier interactif sont une entrée en matière accessible qui pose les bases sans brusquer.
Et quand les gestionnaires et la haute direction choisissent d'être présents dans ces espaces (pas en observateurs, mais comme participant·es à part entière) quelque chose se transforme. La conversation monte d'un cran. On ne parle plus seulement de sécurité psychologique : on commence à la vivre.
Là où l'impact devient vraiment durable, c'est lorsque ces moments ne sont pas ponctuels. Pas une activité organisée en urgence parce qu'une annonce difficile vient de tomber. Mais des rendez-vous réguliers, planifiés tout au long de l'année — une forme de safe space qui revient, que les équipes anticipent et dans lequel elles apprennent, progressivement, à se faire confiance.
C'est ça, construire une culture. Pas un événement. Une habitude.
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