5 octobre 2015

Article

Capital humain et gestion

Si la grammaire vous turlupine

Bonjour Geneviève,

J’ai une question qui me turlupine. J’ai toujours de la difficulté à accorder les verbes qui sont précédés de « qui », par exemple, dans la phrase suivante : « Voici un programme de récompenses qui fourn-I-IS-IT un financement avantageux ». Je mettrais un « t », mais je ne suis pas certaine. Je ne sais pas comment l’expliquer, surtout lorsqu’il y a un « qui » devant.

Karine Gagnon, Conseillère en communications et en marketing
Service Canada/Gouvernement du Canada

Comme Karine, nombreux sont les adultes incertains de l’accord du verbe, spécialement lorsqu’un « qui » se place devant le verbe. En faites-vous partie? Êtes-vous de ceux qui, au moment de faire l’accord, se rabattent sur leur intuition tout en se croisant les doigts?

Je vous rassure, vous n’êtes pas seuls! Soit vous avez tout simplement oublié, soit vos apprentissages en grammaire n’ont jamais formé une base assez solide et assez cohérente pour formuler avec aisance les bons raisonnements grammaticaux au quotidien.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour s’intéresser à la grammaire, puisque notre cerveau possède des capacités d’apprentissage bien plus étonnantes qu’on ne le croyait, études1 sur la neuroplasticité à l’appui!

Si l’intuition de Karine était bel et bien la bonne ici (la terminaison requise étant effectivement le « t »), nous savons que ce n’est pas suffisant. Intéressons-nous donc au raisonnement grammatical, seule recette infaillible pour transformer notre intuition en certitude!

Premièrement, j’aimerais vous rappeler la règle fondamentale selon laquelle le verbe s’accorde avec son sujet.

Bon, c’est très bien tout ça, mais l’accord, c’est quoi au juste? Il s’agit en fait d’une marque (une terminaison) qui illustre une relation entre deux mots. Le sujet et le verbe DOIVENT être en relation, car c’est le sujet qui fait l’action du verbe. L’accord, c’est donc la marque qui nous permet de voir cette relation. Magnifique!

Deuxièmement, parlons un peu du fameux « qui ». Ce mot étrange est en fait un pronom relatif ayant la fonction grammaticale de sujet. Cela signifie qu’en tant que pronom, il remplace un nom exprimé dans la phrase et il joue pour lui le rôle de sujet. Autrement dit, quand vous trouvez la suite « qui + verbe », le « qui » est le sujet du verbe qui le suit. Il faudra bien sûr trouver quel nom il remplace dans la phrase. Le nom remplacé (qui s’appelle « antécédent ») se place généralement devant le pronom relatif. On doit donc trouver l’antécédent du pronom (à quoi le « qui » correspond) puis identifier sa personne grammaticale (1re, 2e, 3e) et son nombre (singulier ou pluriel) afin de trouver la bonne terminaison.

Dans la phrase de Karine, « Voici un programme de récompenses qui fournit un financement avantageux », le sujet du verbe « fournir » est « qui »; l’antécédent de « qui » est « programme »; « programme » correspond à la 3e personne du singulier (on pourrait le remplacer par « il », n’est-ce pas ?).

Troisièmement, afin de choisir la terminaison adéquate, il est indispensable de savoir si le verbe est exprimé dans un temps simple ou dans un temps composé. Observez d’abord la phrase de Karine en (a) puis, en (b), une autre phrase similaire, mais différente.

(a) Voici un programme de récompenses qui fournit un financement avantageux (phrase de Karine).
(b) Voici un programme de récompenses qui a fourni un financement avantageux.

Dans la phrase de Karine (a), le verbe est dans un temps simple, c’est-à-dire que le verbe s’exprime en un seul mot (fournit). Dans la phrase (b), le verbe est dans un temps composé, c’est-à-dire qu’il s’exprime en au moins deux mots, ici grâce à l’auxiliaire (a) et au participe passé (fourni).

Il est impératif de reconnaître et de connaître les deux systèmes d’accord (le système des temps simples et celui des temps composés) pour choisir la bonne terminaison. Pourquoi est-ce important ? Parce que les terminaisons des verbes n’obéissent pas aux mêmes règles selon qu’on se trouve dans l’un ou l’autre des systèmes2.

Une fois qu’on a distingué les systèmes, la logique grammaticale brille de toute sa clarté. Ne reste plus qu’à mémoriser les terminaisons, et je vous le promets, c’est un jeu d’enfant! Si vous souhaitez apprendre une fois pour toutes le fonctionnement des deux systèmes et mémoriser de façon simple les terminaisons verbales, joignez-vous à moi lors d’une prochaine diffusion de la formation « Revoir les règles du français, volet 1 » (CM105F). Plaisir et apprentissages garantis!


1 Parmi les ouvrages grand public traitant de la plasticité cérébrale, je vous recommande chaudement « Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner » (2012) chez Albin Michel.

2 Les deux systèmes et leurs terminaisons respectives sont expliqués en détail dans la formation « Revoir les règles du français, volet 1 (CM105F) »

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Geneviève Bibeau est responsable du sous-cursus « Rédaction en français ». Elle est linguiste, rédactrice-réviseure et formatrice depuis près de dix ans. Passionnée par la langue française, elle l’est tout autant par la transmission des connaissances. Son leitmotiv : donner aux gens la confiance et les outils nécessaires pour bien écrire en français. Sa capacité de vulgarisation, son esprit de synthèse et ses connaissances en communication écrite sont au cœur des différentes formations qu’elle offre chez Technologia.