10 décembre 2019

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Gestion de projets et processus

Sylvain Gauthier reprend notre cursus en gestion de projets

Les points forts de Sylvain sont son esprit très business, une bonne connaissance du terrain, notamment les différentes parties prenantes dans un projet. Sa maitrise de la gestion de projets et le fait qu’il ne soit affilié à aucune méthodologie, l’amène à travailler dans n’importe quel secteur et notamment à l’international.

Gradué comme ingénieur en 1985, il a commencé sa carrière comme gestionnaire de projets, en développement de produits entre autres (optique, transmission, avant l’arrivée d’Internet) chez Nortel Network. En 2000, son entreprise l’envoie en Chine à titre d’expert pour développer des contrats sur ce nouveau marché avec un partenaire chinois. Nortel s’est retrouvé en difficulté, Sylvain a donc décidé de rester en Chine et de créer son entreprise de consultation en gestion de projets. Son 1er client a été la Formule 1 World Championship, Sylvain a participé au déploiement à la TV des courses en direct, il a bâti toute la production de l’événement jusqu’à la distribution. Il a même contribué au lancement de la toute 1ère course de Formule 1 à Shanghai.

Ensuite, Sylvain a rejoint le comité olympique des jeux de Beijing afin de gérer le portefeuille de projets liés aux étrangers, les fédérations sportives étrangères, les médias (chaînes de TV) et les sponsors (Coke, IBM etc.). À l’époque, la notion de sponsorship était mal comprise en Chine.

Durant les JO de Pékin, Sylvain rencontre l’équipe du Cirque du Soleil, ils ont discuté des défis du Cirque. L’équipe du Cirque du Soleil lui a alors proposé de les rejoindre, le secteur était alors en pleine expansion, avec 3 spectacles produits par an. L’équipe du Cirque du Soleil souhaitait qu’il regarde l’ensemble des besoins du cirque et qu’il mette en place les meilleures pratiques en termes de gestion de projets afin de supporter toutes les équipes de production.

En 2014, il reçoit un appel de Franco Dragon qui souhaitait développer des spectacles de cirques en Chine. Par la suite, Sylvain commence à produire des spectacles à titre de Producteur exécutif, il est en charge de la production, de la logistique et de la gestion administrative avec le gouvernement chinois et les clients.

Suite à ses 11 ans d’expérience en Chine, il a réalisé qu’il y avait un problème à gérer les contenus créatifs au Québec. Fort de ce constat, en 2018, avec l’Université de McGill, ils ont lancé un certificat de Producteur exécutif. Les participants à ce certificat sont des professionnels de contenus créatifs et des producteurs de renoms qui veulent se perfectionner du côté affaires.

Il coordonne également tout le cursus en gestion de projets de l’université McGill, du baccalauréat aux gradués en passant par les certificats.

Qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’enseigner la gestion de projets?

« Dès 2004, il a fallu que je développe mon propre matériel de formation en gestion de projets en arrivant en Chine car personne ne savait ce qu’était la gestion de projets et aucune formation n’existait. J’ai dû développer rapidement mon contenu pour que les parties prenantes de mes projets soient opérationnelles très rapidement.

À l’époque, je transmettais les bases en gestion de projets aux professionnels chinois pour la semaine suivante donc j’ai développé des formations très connectés à la réalité, je n’utilise pas de cas fictif, on travaille sur de vrais projets.

Cela fait plus de 15 ans que j’enseigne la gestion de projets, j’ai donné mes formations dans de nombreux pays autant à des employés qu’à des gestionnaires. J’ai été invité à plusieurs conférences du PMI à l’international au Brésil par exemple. Depuis j’ai donné mes formations et conférences en gestion de projets un peu partout dans le monde.

Par exemple, en Chine, les parties prenantes sortent de partout et ne sont pas clairement identifiés. Il faut savoir comment l’entreprise fonctionne, comment l’industrie opère. »

Que penses-tu des certifications en gestion de projets?

« Je suis certifié PmP et je pense que la formation PmP reste un classique en matière de certification et le standard en gestion de projets.

Toutefois, la famille de méthodologies agiles est très décriée sur le marché. Je trouve que certains aspects de l’agilité sont très importants et utiles comme la collaboration et le développement en équipe, mais aussi le fait de se concentrer sur des livrables concrets durant 2 semaines. Néanmoins, la faiblesse de la méthode agile est dans la prédiction des dates. Dans certains contextes d’affaires, l’agilité n’est pas applicable puisque les cycles de vie dépendent de dates en procurement, au niveau légal, la documentation est très importante et il y a des délais à respecter. En effet, les équipes agiles requestionnent le backlog à chaque sprint. En développement logiciel, la méthodologie agile est très efficace. Je suis plutôt partisan d’une méthodologie hybride, plus connectée à l’entreprise. »

Qu’est-ce que ta formation a de différente par rapport aux traditionnelles formations?

« Dans mes cours, nous allons aborder un peu de théorie sur la gestion de projets, mais surtout de la pratique sur des situations le plus proche possible de la réalité des participants. Certaines notions sont fondamentales pour se préparer à une certification mais pas nécessairement utiles par rapport au secteur d’activité dans lequel travaillent les participants.

Je place le participant au centre de ma formation et j’essaie de me connecter aux environnements de mes participants avec des cas réels et adaptés à leur industrie. Ce que j’enseigne est concret, je peux débattre avec mes pairs ou mes participants. Ensemble, on va rentrer dans le Quoi et ils vont développer le Comment pour pouvoir appliquer cela à leur retour au bureau.

Je souhaite amener les participants à pratiquer la gestion de projets en fonction de leur environnement et à appliquer des concepts avec des études de cas concrets. Je préfère passer du temps sur les hypothèses, la réalité de travailler avec des fournisseurs, des avocats lors de la signature d’un contrat plutôt que sur des estimés. Durant ma carrière internationale, j’ai eu la chance de rencontrer la plupart des situations survenant en gestion de projets et cela dans tous les secteurs. »

Pour terminer, que retiens-tu de ton expérience en Asie?

« Mon expérience en Asie m’a permis de mieux communiquer, de comprendre l’interculturalité dans un projet à l’étranger. Le défi est de se comprendre et de se faire confiance avec les équipes de projets. J’ai appris à désamorcer des situations conflictuelles comme le manque de confiance au moment du paiement. Par exemple, en Chine, on parle de pensée circulaire, par rapport à la pensée linéaire occidentale, les statuts complétés peuvent changer à tout moment en Asie. Les contrats de propriété intellectuelle ne valent pas grand-chose en Chine ou au Moyen Orient. D’ailleurs, je pense qu’il pourrait être pertinent de développer une formation en gestion de projets à l’international. »

Sylvain est un gestionnaire de projets international et un spécialiste des nouveaux produits et du développement commercial. Actuellement, il gère le portefeuille de projets de l’équipe du contenu créatif du Cirque du Soleil pour la production (actuelle et passée) de plus de vingt spectacles et leurs costumes.

Il a plus de 22 ans d’expérience; parmi les projets de haut niveau qu’il a gérés, notons : les Jeux olympiques de Beijing en 2008, le déploiement en Chine du championnat mondial de Formule I (TV et course), le Pavillon du Canada à l’Exposition universelle de Shanghai et de nombreux autres projets commerciaux.