22 février 2018

Article

Capital humain et gestion

« Tel que » suivi d’un participe passé, une construction critiquée!

Il arrive qu’après ses formations, Geneviève Bibeau, notre formatrice en grammaire et en français écrit, poursuive le dialogue avec ses participants et réponde à certaines de leurs interrogations.

Voici un résumé de leurs échanges.

Courriel de la cliente Nicole S.:

« Bonjour Geneviève,
Je me permets de te poser une question concernant « tel que + participe passé ».

Antidote signale que la tournure est critiquée et qu’il s’agit d’une impropriété.

Toutefois, sur le site de l’Office, on peut lire ceci:

Par ailleurs, on trouve dans l’usage la tournure elliptique tel que suivie d'un participe passé employé seul. Ce genre de tournure est admis, bien que, dans la langue soutenue, il demeure préférable de maintenir le sujet et l’auxiliaire.

Exemples:
  • Ces projets de loi ont été adoptés tels que proposés.
  • La situation, telle que décrite, semble grave.

Étant donné qu’on indique « Ce genre de tournure est admis… », serait-il acceptable de les laisser comme l’auteur du texte? »

Merci beaucoup!

Nicole S. Conseillère en efficacité opérationnelle

Réponse de la formatrice Geneviève Bibeau :

« Bonjour Nicole,

Quelle belle question vous me posez là! Oui, c'est possible de laisser certaines de ces tournures, mais pas sans réfléchir !

En effet, il faut s'assurer que le participe passé se rapporte à un nom ou à un pronom exprimé dans la phrase (1), et non à une proposition sous-entendue (2), comme l'explique cet article de la Banque de dépannage linguistique. Reprenons les deux énoncés, qui illustrent cette distinction.

  1. La situation, telle que décrite, semble grave.
    Dans « telle que décrite », « telle » se rapporte au nom « situation » ou, mieux, au pronom « elle » sous-entendu. En effet, le sujet et l’auxiliaire de « décrite » sont sous-entendus. La phrase complète serait : La situation, telle qu’elle a été décrite, semble grave. La BDL affirme que « ce genre de tournure est admis, bien que, dans la langue soutenue, il demeure préférable de maintenir le sujet et l’auxiliaire. »
  2. Tel que promis, je vous envoie les procès-verbaux des trois dernières réunions.
    Ici, ce ne sont pas les procès-verbaux qui sont promis, mais le fait de les envoyer. C’est ce qu’on appelle une proposition sous-entendue et on la formulerait ainsi : « Je vous envoie les procès-verbaux des trois dernières réunions, tel que je vous avais promis de le faire ». Cette tournure correspond à l’emploi fautif de « tel que + participe passé » où l'adjectif tel ne se rapporte pas à un nom ou à un pronom, mais à une proposition. C’est cette ellipse qui est clairement proscrite par la norme.

Il ne suffit donc pas de condamner « tel que + participe passé ». L’analyse de la phrase ET du contexte d’énonciation est nécessaire pour déterminer si l'emploi de la tournure « tel que + p.p. » est fautif, et ce, selon la norme et le registre de langue.

Car voilà la nuance que nous devrions faire et qu’Antidote formule ainsi :

« Tel que, suivi d’un participe passé, est une construction elliptique où l’auxiliaire être est sous-entendu (tel qu’il était prévu). Cette construction appartient à la langue familière. Dans la langue soignée, on préfère les formulations avec comme (comme prévu, comme convenu, etc.). »

Bref, demandez-vous à quoi se rapporte le « tel » et évaluez à quel registre de langue appartient le texte. Selon le contexte, il peut être absolument correct de laisser la tournure comme l’auteur l’avait formulée. Puis, en fin de compte, c’est à vous que revient la décision d’employer ou non cette formulation, si courante en français moderne. Car, au fond, c'est par la force de l'usage que la norme s'adapte et que les registres de langue évoluent. C'est le cas, par exemple, des mots « prioriser » et « priorisation », qui ont été longtemps critiqués avant de faire leur entrée officielle dans la norme il y a 5 ans à peine.

J'espère, Nicole, avoir répondu à votre question. Et je vous remercie au nom de tous ceux et celles qui profiteront de votre curiosité langagière.

Cordialement,

Geneviève »

Vous souhaitez exploiter le plein potentiel d’Antidote, faire la paix avec les règles du participe passé ou encore fouiller les trésors de la langue française? Geneviève Bibeau, linguiste et formatrice en français écrit, vous convie à l’une de ses formations captivantes:

Formée en linguistique, Geneviève Bibeau est rédactrice, réviseure et formatrice depuis plus de dix ans. Passionnée par la langue française, elle l’est tout autant par la transmission des connaissances. Son leitmotiv : donner aux gens la confiance et les outils nécessaires pour bien écrire en français.