Nous déménageons! À partir du 1er septembre, notre CENTRE DE FORMATION DE QUÉBEC sera situé au 5400, boulevard des Galeries, 5e étage, Québec (Québec), G2K 2B4

9 septembre 2019

Article

Capital humain et gestion

Compétence... un concept riche mais galvaudé

Par les temps qui courent, je ne voudrais vraiment pas être le concept de compétence! On dit n’importe quoi à son sujet, on l’utilise à tort et à travers et dans n’importe quel contexte. On le confond avec les concepts de connaissance et d’habileté ou encore avec ceux de qualité ou de caractéristique. Bref, cela va mal pour la compétence!... Elle est malmenée de toutes parts.

Et pourtant, c’est une notion extraordinaire, incontournable à notre époque. Les professionnels des ressources humaines évoquent souvent le bilan de compétences, les compétences transversales, les compétences techniques ou encore les compétences acquises au travail. Mais le concept est-il toujours utilisé à bon escient?

J’ai rencontré la notion de compétence pour la première fois, il y a une vingtaine d’année. Je l’ai trouvée difficile à apprivoiser ce qui explique sans doute la confusion dont elle fait l’objet. En effet, j’ai lu à son sujet, j’ai discuté avec des experts, j’ai relu, je l’ai utilisée pour concevoir des programmes de formation et pour évaluer la performance de certains talents. Je pense maintenant être en mesure de vous la présenter...

La différence entre tâches, habiletés et compétences

Voici quelques exemples qui nous aideront à trouver ce qui mérite le titre de compétence :

  1. Réaliser une copie de sauvegarde.
  2. Faire un tableau croisé dynamique avec Excel.
  3. Rédiger le procès verbal d’une réunion.
  4. Congédier un employé.
  5. Produire un dépliant publicitaire.
  6. Faire le développement d’un site Web.

Pour mériter le titre de compétence, il faut que l’activité soit complexe. Cela élimine d’emblée les énoncés 1 et 2 qui sont en fait des tâches, plus précisément des connaissances procédurales. Mais il faut que cela soit complexe au point où l’on puisse « gagner sa vie avec cette compétence ». Par exemple, si vous dites en entrevue que vous êtes capable de « Congédier correctement un employé », je ne pense pas que cela suffise à ce qu’on vous embauche! Par contre, si un programmeur annonce qu’il est en mesure de faire le développement d’un site Web, cela pourra être déterminant pour son embauche. Il y a donc une question essentielle de granularité. En ce sens, les énoncés 3 et 4 sont plutôt des habiletés que des compétences.

Les compétences essentielles à un emploi

Il faut dire aussi que la compétence produit généralement un livrable (réel ou virtuel) qui présente un intérêt certain pour l’entreprise. Ceci est le cas des énoncés 5 et 6 qui produisent deux livrables : un dépliant ou un site Web. Souvent, on s’entend pour dire que, dans une vie, les professionnels développent en général, de 5 à 10 compétences. Ce sont donc des actions très complexes.

Il y a aussi le contexte qui est important. LIRE. Je sais lire, vous savez lire. Pour nous, Lire est une habileté. Mais pour la personne qui le fait dans un contexte professionnel et qui lit des livres pour en faire, par exemple, des enregistrements de baladodiffusion, il faut considérer LIRE comme une compétence! Pour elle, c’est crucial dans une perspective d’embauche et c’est valorisé comme livrable.

Cette définition a quelques conséquences... Si on prétend vous offrir une formation d’une journée pour développer une compétence, méfiez-vous. On ne peut certainement pas former quelqu’un à faire un site Web en une seule journée!

La définition de compétences professionnelles

Pour terminer, voici la définition de Guy Le Boterf que je reformule avec mes mots.

Une compétence est un savoir-agir complexe qui produit un livrable, que ce soit un produit ou un service. Pour mettre en œuvre ce savoir-agir, la personne doit sélectionner judicieusement les bonnes ressources parmi toutes celles qui sont à sa disposition. Il y a des ressources externes (livres, Web, collègues, etc.) et des ressources internes (les connaissances, les habiletés, les attitudes de la personne). À chaque fois qu’on va exercer la compétence, on va devoir choisir des ressources différentes, parce que la situation ne sera jamais identique.

M. Le Boterf ajoute aussi que la famille de situations est importante. Par exemple, un pilote peut être compétent pour piloter un Cessna, mais pas pour piloter un avion de ligne.

Souvenez-vous : une compétence n’est jamais acquise une fois pour toutes. Elle est toujours à démontrer. On sera tous d’accord : Roger Federer et Tiger Woods sont compétents, mais leur compétence est à démontrer à chaque tournoi. S’ils vivent une mauvaise période, c’est comme s’ils devenaient temporairement incompétents. Pourtant, même en « période d’incompétence », leurs connaissances, elles, sont toujours intactes. Les connaissances demeurent, mais la compétence est toujours à démontrer!

Je suis d’accord avec vous : compétence est une notion bien capricieuse, mais tellement riche et tellement pleine de potentiel... On peut s’en servir pour concevoir des programmes, des cours, des activités d’évaluation, des descriptions de tâches, des profils de compétences... mais cela, c’est une autre histoire.

Depuis une quinzaine d’années, Françoise Crevier se passionne pour le domaine émergent des compétences (individuelles, collectives et organisationnelles). Elle intervient également à titre d’experte-conseil pour diverses organisations, tant au Québec qu’à l’étranger. Parmi les nombreux environnements d’apprentissage conçus par Françoise, une quinzaine ont reçu des prix, canadiens ou internationaux.